RENAISSANCE DU CONGO

RENAISSANCE DU CONGO

QUAND LA FINANCE S IMPOSE AU MONDE

 

 

LE MONDE DE LA FINANCE N A PAS ENCORE DEVOILE TOUTES SES CARTES

 

 

Le Dr Moncef Guen est ancien secrétaire général du Conseil économique et social tunisien, et consultant international.

À la suite des élections présidentielles en France et parlementaires en Grèce, il est clair que la crise financière et économique de 2008 n’a pas fini de balayer tous ceux qui, au pouvoir depuis cette année, sont renvoyés par leurs électeurs. Quel que soit son effort pour se maintenir aux commandes, le pouvoir en place ne peut pas cacher un bilan désastreux dans lequel le chômage élevé le dispute aux finances publiques, ruinées par une dette excessive et à un système financier en détresse.

La crise, qui a débuté en Amérique avec la bulle des subprimes et la faillite de Lehman Brothers, a secoué le monde entier parce que la globalisation de la finance est un des aspects de la globalisation mondiale. Quelqu’un comme Montebourg à la gauche française ou comme Marine Le Pen à l’extrême droite ne comprennent pas encore que les économies du 21e siècle sont tellement enchevêtrées que l’une fait basculer une autre puis une autre puis une autre. Ils vivent tellement dans leurs idéologies obsolètes qu’ils ne voient même pas les effets du drame grec sur l’Espagne ou l’Italie ou même bientôt la France.

Dans le monde d’aujourd’hui, on ne devrait plus parler des marchés, au pluriel, mais du marché. Si la bourse de Tokyo ou de Hong Kong tombe, elle entraîne avec elle celles de Francfort, de Londres et de Wall street. La structuration des opérateurs, la disponibilité de l’information instantanée, la capacité de propagation ultra rapide des flux financiers font que le marché fonctionne 24h/24h et 7/7. Cela tourne avec la terre autour du soleil à longueur d’année. Vivre isolé dorénavant c’est mourir. L’autarcie appartient à un autre siècle. Qu’un pays érige des barrières douanières sur ses importations et il verra ses exportations subir des réactions hostiles presque immédiates. Le protectionnisme d’antan a engendré la crise de 1929 dont on ne veut plus entendre parler. Ce n’est pas en fermant les frontières que l’on avance aujourd’hui, c’est en devenant compétitif. L’Allemagne l’a compris quand elle a réalisé son unité avec la chute du mur de Berlin, en épousant une politique de réduction des coûts et de rigueur budgétaire. Le grand problème de l’euro actuellement c’est que cette culture de discipline n’est pas exportable à un pays comme la Grèce qui a, jusqu’ici, vécu sur le système D dans lequel on ne paie pas d’impôt, on trafique les chiffres et on vit au dessus de ses moyens.


Austérité et croissance ne sont pas, certes, antinomiques. Les dettes souveraines accrues nécessitent la rigueur budgétaire mais ces dettes ne seront finalement maîtrisées que si l’économie croît suffisamment pour permettre des recettes fiscales croissantes. Le nouveau Président français a utilisé cet argument dans sa campagne électorale à juste titre. Mais dans un pays où la dépense publique est à 56 % du PIB, ce n’est pas par la dépense publique que viendra la croissance. C’est par une meilleure compétitivité. Et c’est ce qui explique que le taux d’intérêt de l’obligation de 10 ans en France a été presque le double de celui en Allemagne et que le taux de chômage est de 10 % en France et de 6,8 % en Allemagne.


Le marché a fait sauter tous ceux qui étaient au pouvoir depuis 2008. Il a certainement contribué à faire sauter la dictature en Tunisie. Le régime corrompu et dictatorial a fini par céder, face à la colère populaire, attisée par le chômage et l’inégalité. Le tsunami révolutionnaire tunisien a balayé les mêmes régimes en Égypte, en Libye, au Yémen. En Grande Bretagne, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France, l’alternance démocratique a amené de nouveaux responsables sur la scène. Mais la menace de ce que François Hollande appelle son pire adversaire, le monde de la finance, reste grande. Il est presque certain que la Grèce quitte la zone euro. Le scénario est déjà en préparation. Ce risque entraîne déjà des pressions énormes sur l’Espagne dont les banques sont quasiment en faillite et sur l’Italie dont la dette publique est énorme. Cela menacera les banques françaises qui ont investi beaucoup dans les valeurs de ces pays. La France sera sérieusement secouée avec une marge de manœuvre très faible. Le spectre du monde de la finance viendra hanter le nouveau Président français.


Cela n’est pas fait pour arranger la Tunisie. Les exportations de certaines industries fortement liées aux marchés européens (encore les méfaits de la sous traitance) sont déjà en recul. Le tourisme risque lui aussi d’en être affecté. De même que les transferts de la main d’œuvre tunisienne en Europe. L’année 2012 et la suivante seront très difficiles pour la balance des paiements. En attendant une réorientation du commerce extérieur vers l’Afrique, le Moyen Orient, l’Amérique et l’Asie. Si les États-Unis veulent vraiment aider la Révolution tunisienne, ils devraient conclure rapidement un accord de commerce bilatéral avec la Tunisie. Ils le font pour la Jordanie et le Maroc, ils peuvent le faire aussi, s’ils sont sincères, pour la Tunisie, initiateur du printemps arabe.

 



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28/06/2012
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